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La thérapie comme usage n°1 des LLM en 2025. Ce que montrent les données de la Harvard Business Review.

Joanna Głowacka · Directrice clinique, co-fondatrice
La thérapie comme usage n°1 des LLM en 2025. Ce que montrent les données de la Harvard Business Review.

En avril 2025, la Harvard Business Review a publié la deuxième édition de son rapport sur la façon dont les gens utilisent réellement les grands modèles de langage (LLM). En tête de la liste des cent usages les plus courants, on ne trouve ni l’écriture de code, ni la production de contenu marketing, ni même l’apprentissage. En tête de liste, il y a la thérapie et la compagnie. Trois des cinq usages les plus courants - la thérapie, l’organisation de sa vie et la recherche de sens - sont de nature auto-réalisatrice et émotionnelle. C’est un déplacement net par rapport à 2024, où le top cinq était dominé par des usages techniques et créatifs.

Ce que montrent réellement les données

L’auteur du rapport, Marc Zao-Sanders, est cofondateur de filtered.com, une entreprise qui construit des solutions basées sur l’IA - un conflit d’intérêts qu’il vaut la peine de garder à l’esprit à la lecture. La méthodologie du rapport repose sur une analyse qualitative de publications sur Reddit et Quora ainsi que de citations d’utilisateurs, avec une évaluation experte de l’utilité perçue et de l’ampleur de l’impact. C’est une limite importante : l’étude ne montre pas combien de personnes, à l’échelle de la population, utilisent les LLM de manière thérapeutique, ni avec quels résultats sur la santé. Ce qu’elle montre, c’est un schéma clair : les utilisateurs parlent de ces outils dans un langage jusqu’ici réservé aux relations d’aide.

Le top dix se présente ainsi : thérapie et compagnie, organisation de sa vie, recherche de sens, soutien à l’apprentissage, génération de code, génération d’idées, divertissement et absurdités, correction de code, créativité, vie plus saine. Au sein de la première catégorie, l’auteur distingue deux phénomènes - la thérapie, comprise comme un soutien structuré pour traverser des difficultés psychologiques, et la compagnie, comprise comme un lien social et émotionnel continu. Elles sont regroupées parce que toutes deux répondent à un besoin humain fondamental.

Trois niveaux de réflexion pour la profession

Le niveau réglementaire. Les modèles de langage accessibles au public ne sont pas des dispositifs médicaux au sens du MDR européen (règlement relatif aux dispositifs médicaux). Ils ne sont pas soumis à une validation d’efficacité clinique, n’ont aucune obligation de signaler des événements indésirables, et leurs fournisseurs ne portent aucune responsabilité clinique pour les conversations avec les utilisateurs. Pourtant, les utilisateurs les traitent souvent comme un quasi-thérapeute - décrivant des symptômes, partageant des traumatismes, demandant des interprétations de rêves ou de conflits. Un fossé se creuse entre la façon dont les outils sont réellement utilisés et les cadres réglementaires en vigueur.

Le niveau éthique. Une relation avec un LLM n’implique aucun consentement éclairé à participer à un processus thérapeutique au sens des normes professionnelles. Il n’y a ni continuité de la relation, ni supervision, ni frontière professionnelle. Il n’y a pas non plus de certitude quant à la confidentialité - l’auteur du rapport lui-même note que ces outils ne peuvent remplacer un accompagnement professionnel ni garantir la confidentialité des données. Les citations d’utilisateurs rapportées dans le rapport comprennent du matériel concernant des traumatismes, des lésions neurologiques et la honte familiale - le type de matériel qui, en cabinet, exigerait une conceptualisation minutieuse et une supervision.

Le niveau clinique et didactique. Les psychothérapeutes TCC reconnaîtront ici un schéma qu’il vaut la peine de nommer. Consulter un LLM peut encourager le transfert cognitif de la charge (cognitive offloading) - la délégation externe du travail intellectuel et émotionnel dont le développement est précisément l’objectif de nombreuses interventions thérapeutiques. Chez les patients souffrant de dysrégulation émotionnelle, cela renforce un schéma de recherche de soulagement immédiat. Pour les thérapeutes en formation débutants, le risque est analogue : un effet d’ancrage sur les hypothèses générées par le modèle avant que la pensée clinique autonome n’ait eu la chance de se former.

D’un autre côté, les données de la HBR montrent l’ampleur d’un besoin non satisfait. Les obstacles à l’accès à la psychothérapie professionnelle - financiers, géographiques, liés aux compétences, culturels - sont réels. Si des centaines de millions de personnes à travers le monde recherchent un soutien psychologique dans un outil dépourvu de validation clinique, alors la conclusion pour la profession ne devrait pas être de condamner le phénomène, mais de se demander comment accroître l’accès à une aide sérieuse.

Où se situe Therapy Support dans ce paysage

Therapy Support n’est pas un outil décrit dans le rapport HBR. Ce n’est pas un agent conversationnel thérapeutique destiné au patient. Il ne remplace pas une conversation avec un psychothérapeute. C’est une plateforme d’IA pour le thérapeute - un assistant qui organise la documentation de séance, extrait les fragments pertinents pour la conceptualisation de cas, propose une structure pour la note clinique, et gère le calendrier et la facturation.

La frontière est clairement tracée au niveau du produit et de la communication : l’IA propose le matériel, le thérapeute décide cliniquement. Une note générée par le modèle est un point de départ pour l’édition et la vérification, non une interprétation finale. Un diagramme cognitif, un modèle de cercle vicieux ou une analyse ABC sont produits comme matériel de travail pour une conceptualisation ultérieure, non comme un diagnostic.

Dans le contexte des données de la HBR, ce cadrage prend une importance supplémentaire. Si l’ampleur des besoins des patients est telle qu’ils recherchent un soutien dans des outils dépourvus de supervision clinique, alors, du côté des professionnels, le temps du thérapeute gagne en valeur. Un temps qui aujourd’hui - selon notre recherche de validation menée auprès de 14 entretiens avec des psychothérapeutes - consomme de dix à quinze heures de travail administratif et de documentation par mois. Un temps qui pourrait être redirigé vers le travail avec les patients.

Conclusion

Le rapport de la Harvard Business Review n’est pas un argument en faveur du remplacement de la psychothérapie par l’intelligence artificielle. C’est le diagnostic d’un phénomène social : les gens cherchent de l’aide là où ils peuvent en trouver, à un rythme et sous une forme adaptés à leur vie quotidienne. La conclusion pour la profession devrait être une conversation autour de deux tâches parallèles - accroître l’accès à la thérapie professionnelle, et tracer clairement la ligne entre ce que la technologie peut soutenir et ce qui reste dans le champ de compétence du thérapeute.

Pour nous, en tant qu’équipe qui construit des outils pour les thérapeutes TCC, c’est une confirmation de notre orientation. Les données de la HBR crédibilisent l’hypothèse selon laquelle le besoin non satisfait de soutien psychologique constitue l’ampleur du phénomène, et non sa marge. Et qu’il est donc d’autant plus important d’œuvrer à donner au thérapeute - la personne qui répond à ce besoin de manière sûre et substantielle - plus de temps, une meilleure structure de travail, et une charge administrative allégée.


Ce texte analyse des données de marché publiées et ne constitue pas une recommandation de produit. Therapy Support n’est pas un dispositif médical au sens du MDR et ne prend pas de décisions cliniques. L’IA de la plateforme soutient la documentation et l’organisation du matériel - toutes les décisions cliniques restent du ressort du thérapeute.

Source : Marc Zao-Sanders, How People Are Really Using Gen AI in 2025, Harvard Business Review, 9 avril 2025, hbr.org/2025/04/how-people-are-really-using-gen-ai-in-2025.

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